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  • F L'Hermite D.O.

La technique structurelle ostéopathique, un geste subversif


L'ostéopathie structurelle rassemble l'ensemble des manipulations « qui font craquer », dit-on dans le langage courant. L'ostéopathie est une pratique de soin qui, par et avec le mouvement, aide l'organisme à conserver ou retrouver un équilibre global. Pour ce faire, dans un premier temps le thérapeute établit une sorte de diagnostic ostéopathique : par l'observation et la palpation il désigne les zones à traiter, les articulations, muscles ou fascias à relâcher. Ce relâchement, dans un temps secondaire, passe par un ensemble de gestes techniques, prenons ici l'exemple de la technique structurelle (ou thrust en anglais), entres autres les manipulations vertébrales.



Une méthode qui fait parler d'elle

D'une part, les patients souvent se demandent en quoi la manipulation vertébrale consiste, et à juste titre, ils veulent savoir ce que vaut le traitement qui leur est proposé. D'autre part, il y aurait les ostéopathes qui font craquer et ceux qui ne font pas craquer dans l'imaginaire collectif. Parmi les ostéopathes eux-mêmes bien que la technique structurelle soit à l'origine de la profession, elle est source de critique et parfois divise. Finalement, bon nombre d'ostéopathes utilisent à la fois les techniques structurelles et celles dites douces. C'est l'ensemble de ces techniques et surtout la justesse du moment et de la région anatomique où elles sont appliquées qui fait réellement la consultation d'ostéopathie. Il serait alors plutôt question d'un que d'un comment est exercé le geste ostéopathique de libération tissulaire.





Pourquoi le bruit articulaire, le « craquement »

Un nouveau regard sur la technique, un « étonnement »

Biomécanique d'une articulation et réflexe neuromusculaire




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Pourquoi le bruit articulaire, le « craquement »


Le bruit que la technique produit évoque toujours un « craquement », qui souvent inquiète. Pourtant aucune inquiétude à avoir car le bruit articulaire serait en réalité provoqué par l’apparition soudaine et temporaire d’une cavité gazeuse intra-articulaire, que l'on nomme tribonucléation (selon les études les plus récentes sur le sujet).


En d'autres mots, il y a du liquide appelé synovial dans une articulation, entre deux os, dans lequel peut se former des bulles de gaz. Le bruit serait dû à l'échappement de la bulle de gaz par diminution de la pression (lors de l'étirement de l'articulation) ou bien à la formation d'une cavité suite à cette dissolution.


Dans tous les cas, le bruit n'est nullement dû à un frottement des os ou une lésion d'un tissu car il faut savoir que les os ne se touchent absolument pas dans le corps. Eh oui! Il y a toujours des éléments anatomiques qui relient et séparent les deux os d'une articulation : entre autres le liquide synovial, le cartilage, les tissus fibreux, les ligaments, la capsule articulaire, etc.



Dessin anatomique du genou (Source : F. H. Netter)



Un nouveau regard sur la technique, un « étonnement »


Regardons cette technique de plus près, selon une perspective nouvelle. Nous parlerons alors d'un geste qui bouscule un certain équilibre dans le but d'en créer un nouveau. Le thrust « surprend » le système neuromusculaire, il étonne [*] au sens philosophique du terme, c'est-à-dire remet en question (comme un reset en anglais, signifie réinitialiser).


De ce point de vue, voilà un concept qui n'a plus rien à voir avec l'imaginaire du « craquement » et de « remettre en place » une articulation. Bien qu'elle existe, cette remise en place est la travail des orthopédistes traumatologues et est nécessaire dans le cas d'une articulation luxée (on parle de réduction de la luxation), l'os est complètement sorti de sa loge (c'est cela « se déboiter l'épaule »). Les douleurs de dos que nous prenons en charge dans nos cabinets d'ostéopathie ne sont pas dues à des luxations. Dans notre jargon ostéopathique nous parlons alors de dysfonction somatique. Par la palpation l'ostéopathe ne cherche pas un déboitement articulaire mais une perte de mobilité et une différence de qualité tissulaire qui indiquerait une dysfonction somatique.





Biomécanique d'une articulation et réflexe neuromusculaire


Bien que l'étudiant en ostéopathie apprenne la biomécanique du corps humain pour se former aux techniques structurelles, il n'en est pas moins question de réflexe neuromusculaire plutôt que d'une mécanique pure et dure.


La dysfonction somatique était anciennement appelée lésion ostéopathique mais cette terminologie n'a pas été retenue car elle sous-entend un trouble lésionnel, traumatologique. L'idée de dysfonctionnement est plus adapté au fait qu'il s'agit d'une perte de mobilité et d'élasticité-souplesse d'une structure.


Une articulation est l'interface entre deux os dans l'organisme. Les articulations sont mobilisées par les muscles qui s'insèrent sur le tissu osseux via les tendons, le tout formant un ensemble musculo-squelettique. Une technique articulaire engage toujours l'ensemble des structures liées à l'articulation mobilisée. Le thrust est à visée neuro-musculaire, c'est-à-dire que c'est à cet endroit, précisément le fuseau neuro-musculaire, que le thrust agit et entraine le relâchement musculaire, articulaire, et des tissus conjonctifs proches.


Dans la pratique l'ostéopathe place l'articulation dans une position précise. Par exemple si une vertèbre est moins mobile du côté gauche alors c'est dans le sens de la rotation gauche justement qu'il va mobiliser la vertèbre, s'arrêtant là où la tension musculaire retient le mouvement articulaire. Ensuite, le thrust, le geste sur une faible amplitude mais à haute vélocité, étire tout doucement le muscle provoquant un réflexe neurologique (une boucle rétroactive) de détente du muscle.



Anatomie de la colonne vertébrale (par F. H. Netter)




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La technique structurelle ostéopathique, un geste subversif ?

Subversif pour l'entendement des structures anatomiques du corps du patient, le thrust ébranle, il provoque un remaniement de l'organisation tissulaire plus qu'il ne déplace mécaniquement. Dans la pratique du thrust il existe également une part de subjectivité, de la même façon que les approches tissulaires ou biodynamiques. Subjectivité ici n'est pas un gros mot, elle est nécessaire à la précision du geste et à sa justesse. L'ajustement est dosé par la main de l'ostéopathe et donc sa perception.




Le thrust est dans certains cas contre-indiqué, pour les nourrissons et les enfants en bas-âge évidemment. Il arrive aussi qu'une séance se déroule sans utiliser aucune technique structurelle. Par ailleurs, elles ne sont pas obligatoires, le patient a tout à fait le droit de refuser un thrust. De son côté l'ostéopathe se doit de recueillir le consentement oral du patient et de l'informer sur le sujet.







N.B. : [*] concept emprunté à ma consœur, Mme Paule Catherine, ostéopathe D.O. et enseignante à Lyon, lors de la lecture de son mémoire : "L'étonnement au cœur de l'expérience d'un thérapeute en terre inconnue" (présenté en vue de l'obtention du diplôme universitaire de philosophie de l'ostéopathie).





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