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Ostéopathie | Histoire des origines


L'ostéopathie naquit dans la seconde moitié du XIXe siècle à Kirksville, dans l'État américain du Missouri. Cette médecine exclusivement manuelle fut découverte par Andrew Taylor Still (1828-1917), médecin, fils d'un pasteur de l'église méthodiste et lui-même médecin. A. T. Still disait, de cette pratique médicale, l'avoir découverte, et non créée les principes fondateurs existants déjà dans la nature, d'après ses considérations. En revanche, il est le fondateur d'une institution : l'American School of Osteopathy, la première école d'ostéopathie (1892).


Photographie d'Andrew Taylor Still



La médecine de la fin du XIXe siècle, aux États-Unis

Une transmission essentiellement orale

Une nouvelle philosophie de la santé

Que faire d'un contexte religieux ?

Après A. T. Still, l'ostéopathie traverse l'Atlantique

Les écoles en Europe et la législation française





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La médecine de la fin du XIXe siècle, aux États-Unis

La médecine de l'époque (la médecine héroïque) était évidemment différente de celle d'aujourd'hui et le contexte dans lequel vécut A. T. Still permet de comprendre les concepts de base sur lesquels repose la découverte de l'ostéopathie. En effet, dans le paysage médical de l’époque, de nombreux médecins pensaient à faire évoluer leurs méthodes en soignant avec leurs mains et en excluant l'utilisation de drogues. A. T. Still n'était pas le seul à ne plus adhérer à une médecine des saignées et du calomel (un dérivé du mercure). Il fut fortement marqué au cours de sa vie par les décès de quatre proches dont trois de ses enfants, morts des suites de méningites cérébro-spinales.


A. T. Still vécut également une guerre civile dans son pays, la Guerre de Sécession (1861-1865) durant laquelle il fut engagé en tant que brancardier dans les armées. Pendant cette période A. T. Still se battait contre les idées pro-esclavagistes autant que les façons de penser des médecins, le manque de moyens convenables et les utilisations excessives de drogues et produits toxiques tels que le calomel, l'opium, la quinine ou même le whisky.


Pendant ce temps, en Europe…

À cette même époque, émergent en Europe des médecins-chercheurs tels que Claude Bernard (qui initia les bases de la médecine expérimentale, médecine actuelle), Louis Pasteur (connu pour son vaccin contre la rage), Joseph Lister (pionnier du principe de l'antisepsie) ou encore Robert Koch (qui découvrit la bactérie responsable de la tuberculose).




Une transmission essentiellement orale

L'enseignement de la médecine se fait essentiellement par compagnonnage à cette époque aux États-Unis d'Amérique. A. T. Still apprit auprès de son père, Abraham, selon les usages de l'époque. Il est intéressant de remarquer que l'ostéopathie s'est à son tour principalement transmise selon les codes du compagnonnage dans ses débuts et jusqu'à une période assez proche des générations actuelles d'ostéopathes. C'est pourquoi il existe peu d'écrits des origines de l'ostéopathie (ce qui ne va pas sans compliquer le travail des historiens).




Une nouvelle philosophie de la santé

Une particularité de l’ostéopathie telle que A. T. Still la transmettait est la place importante accordée à l’anatomie. Une anatomie nouvelle, où la connaissance de celle-ci reposait sur l’anatomie singulière du patient, une anatomie qui n'était plus seulement accrochée aux livres mais ancrée dans la réalité clinique.


A. T. Still a laissé derrière lui quelques ouvrages dont une autobiographie et des textes de recherche et de pratique. Il n’a jamais écrit sur les « techniques » que l’ostéopathe utilise, car ce qui semblait lui importer le plus et qui fait toute l’originalité de cette pratique c’est sa philosophie, et parmi les principaux concepts soutenant cette philosophie, celui d'autoguérison : la capacité intrinsèque de l'organisme à se réguler et toujours rechercher un équilibre.


A. T. Still disait cela : « Le corps de l'homme est la pharmacie de Dieu et comprend en lui-même tous les liquides, drogues, lubrifiants, opiacés, acides et antiacides, et toutes sortes de drogues que la sagesse de Dieu a pensées nécessaires au bonheur et à la santé humains » (Autobiographie, p. 226).




Que faire d'un contexte religieux ?

A. T. Still, via son éducation religieuse chrétienne (méthodiste) utilisait beaucoup d'expressions de la Bible (Bible King James) pour l’aider à penser sa nouvelle pratique que devenait l’ostéopathie, ainsi que la philosophie du soin et de la vie liée à cette dernière. Dieu prenait une place importante dans les écrits de A. T. Still, bien qu'il ne raconta pas ses pratiques et croyances précisément. En tout cas c'est là tout son style d'écriture à sa façon de raconter le cheminement de sa découverte ; par exemple le concept d'autoguérison dont parlait A. T. Still et ses références à Dieu et à la Nature.


De nos jours et dans le fonctionnement de notre société laïque, nous ne pensons pas la vie par le prisme de la religion dans les formations de soignants, ce qui ne nous empêche pas de continuer à enseigner l’ostéopathie dans sa forme la plus traditionnelle, les ostéopathes gardant leurs propres croyances en retrait de leur pratique puisque de l'ordre de l'intime.


Pourquoi lire Andrew Taylor Still, pour les ostéopathes et étudiants en ostéopathie ? Et surtout les documents et archives de ceux qui témoignent, ceux qui ont vécu à ses côtés. La vraie question est : comment lire A. T. Still ? En connaissance de l’époque et de ses références, comprendre sa manière de penser, est essentiel pour lire avec ses schémas de pensée, sans forcément vouloir y introduire nos propres représentations et croyances.




Après A. T. Still, l'ostéopathie traverse l'Atlantique

Après A. T. Still, d’autres personnages ont été pionniers dans le domaine. On ne peut accorder à un seul homme tout le paysage ostéopathique que nous connaissons actuellement. Nous retiendrons John-Martin Littlejohn (1867-1947) qui après ses études de médecine au Royaume-Uni devint ostéopathe, élève de A. T. Still. Il enseigne la physiologie dans l'école de A. T. Still et y intègre les progrès de la médecine scientifique naissante. En 1917, J. M. Littlejohn, après être rentré en Europe, fonde la British School of Osteopathy en Angleterre.


Parmi les élèves de A. T. Still, William Garner Sutherland et Harold Ives Magoun ont énormément ajouté aux théories ostéopathiques, avec leur apport de l’ostéopathie dans le champ crânien (voir l'article sur « Ostéopathie dans le champ crânien, définition et indications »).




Les écoles en Europe et la législation française

En 1957, Paul Gény, un kinésithérapeute ayant travaillé avec Robert Lavezarri (médecin français formé à l'ostéopathie par les américains), fonde, en association avec Thomas Dummer, un ostéopathe anglais, le premier collège d’enseignement de l’ostéopathie s’adressant à des kinésithérapeutes : l’European School of Osteopathy, à Maidstone, Angleterre. C’est dans ce collège qu’ont été formés les premiers kinésithérapeutes ostéopathes français.


Il faut attendre 2002 pour qu'en France soit votée la loi relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, présentée par Bernard Kouchner, dans laquelle est reconnu pour la première fois le titre d'ostéopathe et donc le droit d'en user. Les décrets d'application de cette loi n'arriveront qu'à partir de 2007 puis 2014.





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Andrew Taylor Still a laissé une pratique médicale qui continue à se développer aujourd’hui. La philosophie de l’ostéopathie ne vieillit pas et continue à s’enseigner dans les écoles, mêlant cette philosophie innovante pour l’époque, et encore de nos jours, aux avancées scientifiques des XXe et XXIe siècles. Parmi les principes les plus subversifs : l’approche systémique et la singularité.


Actuellement, l’idée de soigner avec les mains séduit toujours, dans une société où le contact et le toucher disparaîtraient peu à peu et le médical serait de plus en plus technologie.








VIDÉO DES « OSTÉOPATHES DE FRANCE » - Histoire de l'ostéopathie






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Sources :

A. T. Still, Autobiographie – traduit par Pierre Tricot, annoté par Jean-Marie Gueullette

Arthur Grant Hildreth, La présence de Still

Colloque : « Que faire avec un récit des origines » – UCLY

Mémoire de fin d'études de Victor Lopez, D.O.

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